Phillip Island quitte le MotoGP : merci pour les nuits trop courtes

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Peloton de pilotes MotoGP sur la piste détrempée de Phillip Island, au Grand Prix d’Australie. Image restaurée par IA.

Phillip Island, un dernier dimanche sous la pluie

Le 25 octobre 2026, Phillip Island devait accueillir sa dernière course MotoGP avant le transfert du Grand Prix d’Australie à Adélaïde en 2027. La météo en a décidé autrement : une visibilité insuffisante pour l’hélicoptère médical a entraîné l’annulation de la course du dimanche, après un sprint disputé la veille. On avait mis le réveil. On voulait une dernière baston. On a eu la flotte et les boules. L’île méritait une autre sortie. Alors, faute d’un dernier départ, on s’offre un petit retour en arrière.

Pilotes MotoGP casqués sous la pluie à Phillip Island, avec des gouttes sur les visières. Image restaurée par IA.

Une île au bout du monde. Des réveils beaucoup trop tôt. Et des souvenirs qui nous tiendront éveillés longtemps.

Johann Zarco célèbre sur le podium sa première victoire en MotoGP au Grand Prix d’Australie 2023 à Phillip Island.

Johann Zarco, une première victoire et bien plus

Le 21 octobre 2023, Johann Zarco décroche à Phillip Island sa première victoire en MotoGP. Un dépassement sur Jorge Martín dans le dernier tour, puis ce salto qu’on avait tellement attendu. De quoi s’attacher à un endroit pour la vie. Mais Johann aimait déjà l’île pour d’autres raisons. Les vagues. L’éloignement. Cette sensation de pouvoir souffler à l’autre bout du monde.

Guillaume Dossin, Brooap · 25 octobre 2026

L’histoire de Phillip Island, des routes de 1928 au championnat du monde moto

L’histoire commence en 1928, bien avant les vibreurs et les garages alignés face à la voie des stands. À Phillip Island, au sud de Melbourne, on ferme alors les routes publiques pour organiser des courses. Le revêtement n’est pas goudronné, la poussière accompagne les concurrents et une grande partie des spectateurs rejoint l’île en ferry. La course automobile qui sera ensuite reconnue comme le premier Grand Prix d’Australie doit même être reportée à cause de la pluie. Presque un siècle plus tard, la météo signe un rappel un peu cruel.

Le circuit permanent naît d’une initiative locale. En 1952, des passionnés achètent un terrain et se lancent dans la construction d’une piste. Il leur faudra quatre ans pour l’ouvrir, en décembre 1956. Ses grandes courbes, son relief et son emplacement face à l’océan lui donnent une personnalité immédiatement reconnaissable.

La suite tient pourtant davantage du combat pour survivre que de la carte postale. Entre 1960 et 1962, Phillip Island accueille l’Armstrong 500, ancêtre des célèbres 1 000 kilomètres de Bathurst. Mais le revêtement se dégrade sous les contraintes des courses automobiles. L’épreuve déménage à Mount Panorama et le circuit ferme.

Une première renaissance intervient en 1967. Puis les difficultés reviennent. À la fin des années 1970, l’activité décline et une partie du domaine retrouve un usage agricole. Le futur rendez-vous des meilleurs pilotes du monde aurait très bien pu rester une histoire de passionnés racontée au passé.

Une nouvelle mobilisation et une importante rénovation changent son destin dans les années 1980. En 1989, Phillip Island accueille son premier Grand Prix du championnat du monde moto. Wayne Gardner gagne devant son public, au terme d’une bataille qui installe immédiatement l’épreuve dans les mémoires australiennes.

Même cette consécration ne garantit rien. Après l’édition 1990, le Grand Prix d’Australie part à Eastern Creek, près de Sydney. Il ne revient sur l’île qu’en 1997. Phillip Island s’est construit comme ça : des interruptions, des retours et des gens assez têtus pour recommencer.

Rossi, Stoner, Márquez et Zarco : vingt-cinq ans à nous foutre le réveil en l’air

Depuis un quart de siècle, Phillip Island avait sa place dans nos fins de saison. Les grandes courbes face à la mer, les titres encore en jeu, la météo capable de retourner le programme. On préparait le café en espérant que ça vaille le coup. On a rarement manqué de choses à raconter.

En 2003, Valentino Rossi prend dix secondes de pénalité pour un dépassement sous drapeau jaune. Dix secondes. Normalement, tu commences à faire la gueule dans ton casque. Lui passe la ligne avec plus de quinze secondes d’avance. Même la sanction finit derrière. L’année suivante, il remet ça : victoire devant Sete Gibernau pour 97 millièmes et premier titre avec Yamaha dans la poche. Merci, bonsoir. Enfin, bonjour chez nous.

Puis Casey Stoner transforme l’endroit en propriété privée. Six victoires de suite entre 2007 et 2012. Sur Ducati, puis sur Honda. Le mec change de crémerie, mais garde les clés de la maison. Les autres traversent la planète pour venir le regarder gagner. Le virage 3 porte son nom. Difficile de contester le bail.

En 2013, le nouveau bitume maltraite tellement les pneus qu’un changement de moto devient obligatoire en pleine course. Dix tours maximum sur le même pneu arrière. Marc Márquez en fait onze. Drapeau noir. Comme quoi, même à cette vitesse, il faut savoir compter.

En 2015, Andrea Iannone se prend une mouette dans la Ducati. Carénage abîmé, baston maintenue. Il termine troisième, devant Rossi. Déjà qu’il fallait gérer Jorge Lorenzo et Marc Márquez, voilà qu’il fallait aussi surveiller la faune locale.

Et puis 2023. Johann Zarco. Jorge Martín repris dans le dernier tour. La première victoire en MotoGP, enfin. Le salto. Et quelques Français soudain beaucoup trop bruyants pour l’heure qu’il était.

Voilà ce que ce circuit nous a fait pendant toutes ces années. On connaissait chaque virage. On ne savait jamais dans quel état on finirait devant la télé.

Andrea Iannone sur sa Ducati numéro 29 lors du choc avec une mouette à Phillip Island en 2015, devant Marc Márquez.

Pourquoi Johann Zarco aimait tant Phillip Island

Johann Zarco sourit et lève le pouce près des commissaires à Phillip Island. Image restaurée par IA.
Johann Zarco, le pouce levé auprès des commissaires de Phillip Island. Image restaurée par IA à partir d’une capture vidéo.

Avec Phillip Island, c’est aussi un petit goût de vacances qui disparaît du calendrier des pilotes.

Johann me l’avait confié : c’était l’un de ses circuits préférés. Il en profitait pour surfer, pour savourer ce bout du monde et cette sensation d’être complètement coupé de l’Europe. Le décalage horaire accentuait encore la distance. Au milieu d’une saison à courir partout, l’île lui permettait aussi de décrocher.

C’est peut-être ce qui donnait autant de poids à son dernier tour d’honneur, à cette façon de prendre son temps et de saluer les commissaires un par un. Comme si, pour une fois, il n’était vraiment pas pressé de boucler le tour.

Adieu, Phillip Island.

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https://www.brooap.fr/articles/phillip-island-motogp-adieu-histoire-zarco

Phillip Island, un dernier dimanche sous la pluie

Le 25 octobre 2026, Phillip Island devait accueillir sa dernière course MotoGP avant le transfert du Grand Prix d’Australie à Adélaïde en 2027. La météo en a décidé autrement : une visibilité insuffisante pour l’hélicoptère médical a entraîné l’annulation de la course du dimanche, après un sprint disputé la veille. On avait mis le réveil. On voulait une dernière baston. On a eu la flotte et les boules. L’île méritait une autre sortie. Alors, faute d’un dernier départ, on s’offre un petit retour en arrière.

Pilotes MotoGP casqués sous la pluie à Phillip Island, avec des gouttes sur les visières. Image restaurée par IA.

Une île au bout du monde. Des réveils beaucoup trop tôt. Et des souvenirs qui nous tiendront éveillés longtemps.

Johann Zarco, une première victoire et bien plus

Le 21 octobre 2023, Johann Zarco décroche à Phillip Island sa première victoire en MotoGP. Un dépassement sur Jorge Martín dans le dernier tour, puis ce salto qu’on avait tellement attendu. De quoi s’attacher à un endroit pour la vie. Mais Johann aimait déjà l’île pour d’autres raisons. Les vagues. L’éloignement. Cette sensation de pouvoir souffler à l’autre bout du monde.

Johann Zarco célèbre sur le podium sa première victoire en MotoGP au Grand Prix d’Australie 2023 à Phillip Island.

Guillaume Dossin, Brooap · 25 octobre 2026

L’histoire de Phillip Island, des routes de 1928 au championnat du monde moto

L’histoire commence en 1928, bien avant les vibreurs et les garages alignés face à la voie des stands. À Phillip Island, au sud de Melbourne, on ferme alors les routes publiques pour organiser des courses. Le revêtement n’est pas goudronné, la poussière accompagne les concurrents et une grande partie des spectateurs rejoint l’île en ferry. La course automobile qui sera ensuite reconnue comme le premier Grand Prix d’Australie doit même être reportée à cause de la pluie. Presque un siècle plus tard, la météo signe un rappel un peu cruel.

Le circuit permanent naît d’une initiative locale. En 1952, des passionnés achètent un terrain et se lancent dans la construction d’une piste. Il leur faudra quatre ans pour l’ouvrir, en décembre 1956. Ses grandes courbes, son relief et son emplacement face à l’océan lui donnent une personnalité immédiatement reconnaissable.

La suite tient pourtant davantage du combat pour survivre que de la carte postale. Entre 1960 et 1962, Phillip Island accueille l’Armstrong 500, ancêtre des célèbres 1 000 kilomètres de Bathurst. Mais le revêtement se dégrade sous les contraintes des courses automobiles. L’épreuve déménage à Mount Panorama et le circuit ferme.

Une première renaissance intervient en 1967. Puis les difficultés reviennent. À la fin des années 1970, l’activité décline et une partie du domaine retrouve un usage agricole. Le futur rendez-vous des meilleurs pilotes du monde aurait très bien pu rester une histoire de passionnés racontée au passé.

Une nouvelle mobilisation et une importante rénovation changent son destin dans les années 1980. En 1989, Phillip Island accueille son premier Grand Prix du championnat du monde moto. Wayne Gardner gagne devant son public, au terme d’une bataille qui installe immédiatement l’épreuve dans les mémoires australiennes.

Même cette consécration ne garantit rien. Après l’édition 1990, le Grand Prix d’Australie part à Eastern Creek, près de Sydney. Il ne revient sur l’île qu’en 1997. Phillip Island s’est construit comme ça : des interruptions, des retours et des gens assez têtus pour recommencer.

Pourquoi Johann Zarco aimait tant Phillip Island

Johann Zarco sourit et lève le pouce près des commissaires à Phillip Island. Image restaurée par IA.
Johann Zarco, le pouce levé auprès des commissaires de Phillip Island. Image restaurée par IA à partir d’une capture vidéo.

Avec Phillip Island, c’est aussi un petit goût de vacances qui disparaît du calendrier des pilotes.

Johann me l’avait confié : c’était l’un de ses circuits préférés. Il en profitait pour surfer, pour savourer ce bout du monde et cette sensation d’être complètement coupé de l’Europe. Le décalage horaire accentuait encore la distance. Au milieu d’une saison à courir partout, l’île lui permettait aussi de décrocher.

C’est peut-être ce qui donnait autant de poids à son dernier tour d’honneur, à cette façon de prendre son temps et de saluer les commissaires un par un. Comme si, pour une fois, il n’était vraiment pas pressé de boucler le tour.

Adieu, Phillip Island.

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