Depuis un quart de siècle, Phillip Island avait sa place dans nos fins de saison. Les grandes courbes face à la mer, les titres encore en jeu, la météo capable de retourner le programme. On préparait le café en espérant que ça vaille le coup. On a rarement manqué de choses à raconter.
En 2003, Valentino Rossi prend dix secondes de pénalité pour un dépassement sous drapeau jaune. Dix secondes. Normalement, tu commences à faire la gueule dans ton casque. Lui passe la ligne avec plus de quinze secondes d’avance. Même la sanction finit derrière. L’année suivante, il remet ça : victoire devant Sete Gibernau pour 97 millièmes et premier titre avec Yamaha dans la poche. Merci, bonsoir. Enfin, bonjour chez nous.
Puis Casey Stoner transforme l’endroit en propriété privée. Six victoires de suite entre 2007 et 2012. Sur Ducati, puis sur Honda. Le mec change de crémerie, mais garde les clés de la maison. Les autres traversent la planète pour venir le regarder gagner. Le virage 3 porte son nom. Difficile de contester le bail.
En 2013, le nouveau bitume maltraite tellement les pneus qu’un changement de moto devient obligatoire en pleine course. Dix tours maximum sur le même pneu arrière. Marc Márquez en fait onze. Drapeau noir. Comme quoi, même à cette vitesse, il faut savoir compter.
En 2015, Andrea Iannone se prend une mouette dans la Ducati. Carénage abîmé, baston maintenue. Il termine troisième, devant Rossi. Déjà qu’il fallait gérer Jorge Lorenzo et Marc Márquez, voilà qu’il fallait aussi surveiller la faune locale.
Et puis 2023. Johann Zarco. Jorge Martín repris dans le dernier tour. La première victoire en MotoGP, enfin. Le salto. Et quelques Français soudain beaucoup trop bruyants pour l’heure qu’il était.
Voilà ce que ce circuit nous a fait pendant toutes ces années. On connaissait chaque virage. On ne savait jamais dans quel état on finirait devant la télé.