Oui ou non, le pape a-t-il déjà eu une Ferrari ?

Inclassable
Moments cultes

L'histoire vraie derrière une légende urbi

La venue du pape Léon XIV dans la principauté est la première visite apostolique d’un pape à Monaco dans l’époque moderne. Le précédent passage pontifical remonte à 1538, lorsque Paul III avait été reçu sur le Rocher. Autrement dit, entre les deux, il s’est quand même écoulé un paquet de trucs. La renaissance, la révolution française, une ou deux guerres, la naissance de Penelope Cruz, l’invention des M&M’s…Bref! Et dès qu’on voit débouler un monsieur à petit chapeau blanc à bord d’une papa mobile, on pense à la fameuse photo du pape dans une Ferrari à Maranello. Sauf que cette histoire, racontée mille fois sur les réseaux, est souvent tordue, simplifiée, ou mélangée avec une autre. La vérité est plus intéressante.

À Monaco, le pape a circulé dans un clan G électrique (tu feras gaffe tu viens de vomir un peu sur ton pygama). Surtout l’occasion pour brooap de revenir sur une légende urbi et orbi de la culture auto, oui ou non, un pape a-t-il déjà roulé en Féfé ?

Toutes les rumeurs sur les Ferrari du pape partent du même problème, on confond deux histoires distinctes. D’un côté, Jean-Paul II à Fiorano en 1988, dans une Ferrari Mondial Cabriolet rouge. De l’autre, la Ferrari Enzo offerte au pape en 2005, puis revendue pour une œuvre caritative après le tsunami en Asie du Sud-Est. Entre les deux, dix-sept ans d’écart, deux autos, deux contextes, et assez d’approximations pour fabriquer une légende bancale.

Enzo Ferrari, homme de foi

Il faut faire attention ici, parce que la formule est tentante, mais elle mérite d’être maniée avec un peu de finesse. Dire qu’Enzo Ferrari était un grand homme de foi au sens démonstratif du terme serait aller trop vite. En revanche, on sait que la religion occupait une place réelle dans son univers mental, familial et culturel, et que certains drames de sa vie l’avaient rapproché d’hommes d’Église. La presse italienne a notamment rapporté qu’après la catastrophe des Mille Miglia 1957, Enzo Ferrari, brisé, alla se confier à Don Dino Clerici, figure religieuse qu’il connaissait bien. Ce n’est pas rien. Mais cela ne suffit pas à en faire un saint à lunettes noires.

Le plus juste, c’est peut-être de dire qu’Enzo Ferrari était un Italien de son siècle, dans un pays où la religion catholique, le rituel, la fatalité, le deuil et la superstition faisaient partie du décor aussi naturellement que le café serré et les journaux froissés sur un comptoir. Chez Ferrari, il y avait le sacré, mais un sacré à l’italienne, mélange de silence, de destin, de hiérarchie, de deuil et d’obsession. Ça tombe bien, le Vatican et Maranello parlent finalement assez bien cette langue-là. Cette partie relève en partie d’une lecture de contexte historique et culturel, plus que d’une profession de foi documentée noir sur blanc.

Le pape en visite chez Ferrari

Le 4 juin 1988, Jean-Paul II visite l’usine Ferrari. Cette date, elle est certaine. Ferrari elle-même rappelle qu’à cette occasion, le pape est reçu à Maranello avant de poursuivre son programme à Modène. La marque précise aussi un point essentiel, c’est Piero Ferrari qui conduit Jean-Paul II autour du circuit de Fiorano à bord d’une Mondial Cabriolet, avant que le souverain pontife ne bénisse bureaux et départements de l’entreprise. Donc première remise à plat, la voiture iconique de cette visite n’est pas une Testarossa blanche sortie d’un conte Facebook, c’est une Mondial Cabriolet. Rouge. Et bien réelle.

Il y a un autre détail, moins connu, qui donne tout son poids à la scène. Enzo Ferrari est alors très affaibli. Une dépêche d’époque de UPI indique qu’il n’a pas pu accueillir physiquement Jean-Paul II à cause de sa santé déclinante, mais qu’un échange téléphonique a bien eu lieu entre les deux hommes. C’est capital pour comprendre la photo. Ce n’est pas juste un pape qui passe chez un constructeur mythique pour faire une image. C’est presque une scène de fin, un moment suspendu, quelques semaines avant la mort d’Enzo Ferrari en août 1988.

L'histoire de la fameuse photo avec la Mondial

La fameuse photo, celle qu’on voit tourner partout, montre donc Jean-Paul II debout dans une Ferrari Mondial Cabriolet lors de sa visite à Maranello. Ferrari a elle-même remis cette auto en lumière en 2022 lors d’une exposition célébrant les 50 ans du circuit de Fiorano, en rappelant que cette 3.2 Mondial Cabriolet était bien au centre de la célèbre visite papale de 1988. Là encore, on n’est plus dans la rumeur ou dans le “il paraît que”, on est dans la mémoire institutionnelle de la marque.

Ce que cette photo raconte, au fond, c’est moins une entorse totale au protocole qu’un choc de symboles parfaitement italien. D’un côté, l’Église catholique, de l’autre Ferrari, autre religion locale, plus bruyante, plus rouge, plus portée sur les hauts régimes. Voir Jean-Paul II dans cette Mondial, c’est voir deux pouvoirs symboliques se croiser, celui du spirituel et celui de la vitesse, sans que l’un annule l’autre. Et si la photo a autant survécu, c’est parce qu’elle ressemble à un montage absurde alors qu’elle a réellement existé.

Il faut aussi insister sur ce qu’elle n’est pas. Elle n’est pas la preuve que le pape possédait une Ferrari de fonction. Elle n’est pas non plus la fameuse Ferrari “offerte au pape” dont on parle souvent. C’est une visite officielle, dans un cadre précis, avec une auto précise, et un moment très précis de l’histoire de Ferrari. Voilà déjà de quoi nettoyer pas mal de fantasmes numériques.

Pourquoi on confond avec la Ferrari offerte au pape et vendue pour les œuvres

Parce qu’il existe une deuxième histoire, tout aussi vraie, encore plus spectaculaire, et que les deux ont fini par fusionner dans la mémoire collective. En 2005, Ferrari fait construire la 400e Enzo, la dernière du modèle, avec l’idée de l’offrir à Jean-Paul II. RM Sotheby’s rappelle que le pape, fidèle à son style, remercie Ferrari mais demande que la voiture soit vendue pour venir en aide aux victimes du tsunami de l’océan Indien survenu fin 2004. L’auto repart donc à Maranello avant d’être vendue aux enchères en juin 2005.

C’est là que le cerveau collectif fait sa tambouille. On prend une photo très forte de Jean-Paul II dans une Ferrari en 1988, on y ajoute la notoriété de la Ferrari Enzo offerte en 2005, et on obtient une légende floue du genre, “le pape avait une Ferrari spéciale, blanche ou rouge, qu’il a refusée ou revendue ou bénie ou pilotée”. Sauf qu’en réalité, les faits sont plus carrés, 1988, le pape roule à Fiorano dans une Mondial Cabriolet rouge lors d’une visite. 2005, Ferrari destine au pape la dernière Enzo, qui sera ensuite vendue au profit d’une cause humanitaire. Deux histoires. Deux autos. Deux usages. Et un énorme paquet de confusion produit par Internet avant même qu’Internet ne devienne vraiment pénible.

Au passage, autre détail qui démonte une légende tenace, l’Enzo de 2005 n’était pas une fantaisie blanche façon soutane roulante. RM Sotheby’s la décrit comme une Enzo destinée au pape puis vendue au bénéfice des victimes du tsunami, et l’auto est connue pour être la dernière Enzo construite. Ce n’est donc pas une papamobile Ferrari. C’est un objet de prestige détourné vers la charité, ce qui est très différent.

Et la Lamborghini Huracán RWD du pape François alors?

Il existe même une autre histoire automobile pontificale qui mérite de sortir du parking des anecdotes, celle de la Lamborghini Huracán RWD offerte au pape François. En 2017, la marque de Sant’Agata lui remet un exemplaire unique, peint en blanc avec des liserés jaunes rappelant les couleurs du Vatican, et signé par le pape lui-même. En 2018, Lamborghini annonce que l’auto a été vendue 715 000 euros chez RM Sotheby’s à Monaco, avec un produit destiné à plusieurs œuvres caritatives. Comme quoi, à défaut de collectionner les supercars, le Vatican sait au moins très bien transformer les cadeaux embarrassants en chèques utiles.

Pourquoi les papamobiles fascinent tant

Les papamobiles fascinent parce qu’elles sont exactement ce qu’une voiture raconte toujours de mieux, une époque, un rapport au pouvoir, une idée de la représentation. Une papamobile, ce n’est jamais juste un moyen de transport. C’est un message roulant. Elle doit protéger sans trop couper du peuple, impressionner sans trop verser dans l’ostentation, symboliser son temps tout en gardant un parfum d’éternité. C’est pour ça qu’une Mercedes sobrement transformée peut être aussi parlante qu’une Ferrari vue une seule fois dans une cour d’usine.

Et forcément, on se prend à imaginer la suite. Que dirait-on aujourd’hui en voyant un pape dans une caisse de GMK, jantes démesurées, carrosserie qui hurle “regardez-moi”, vitrage sombre et spec plus bavaroise que biblique ? Franchement, visuellement, ça aurait quelque chose. Théologiquement, on laissera les autres gérer. Ce qui est certain, c’est que la prochaine papamobile dira quelque chose de notre époque, soit encore plus électrique, soit à hydrogène, soit, vu l’ambiance économique générale, retour à la calèche avec option chargeur USB-C et bénédiction en basse consommation. Au Vatican aussi, il faudra peut-être bientôt arbitrer entre la transition énergétique et le budget pneus.

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L'histoire vraie derrière une légende urbi

La venue du pape Léon XIV dans la principauté est la première visite apostolique d’un pape à Monaco dans l’époque moderne. Le précédent passage pontifical remonte à 1538, lorsque Paul III avait été reçu sur le Rocher. Autrement dit, entre les deux, il s’est quand même écoulé un paquet de trucs. La renaissance, la révolution française, une ou deux guerres, la naissance de Penelope Cruz, l’invention des M&M’s…Bref! Et dès qu’on voit débouler un monsieur à petit chapeau blanc à bord d’une papa mobile, on pense à la fameuse photo du pape dans une Ferrari à Maranello. Sauf que cette histoire, racontée mille fois sur les réseaux, est souvent tordue, simplifiée, ou mélangée avec une autre. La vérité est plus intéressante.

À Monaco, le pape a circulé dans un clan G électrique (tu feras gaffe tu viens de vomir un peu sur ton pygama). Surtout l’occasion pour brooap de revenir sur une légende urbi et orbi de la culture auto, oui ou non, un pape a-t-il déjà roulé en Féfé ?

Toutes les rumeurs sur les Ferrari du pape partent du même problème, on confond deux histoires distinctes. D’un côté, Jean-Paul II à Fiorano en 1988, dans une Ferrari Mondial Cabriolet rouge. De l’autre, la Ferrari Enzo offerte au pape en 2005, puis revendue pour une œuvre caritative après le tsunami en Asie du Sud-Est. Entre les deux, dix-sept ans d’écart, deux autos, deux contextes, et assez d’approximations pour fabriquer une légende bancale.

Enzo Ferrari, homme de foi

Il faut faire attention ici, parce que la formule est tentante, mais elle mérite d’être maniée avec un peu de finesse. Dire qu’Enzo Ferrari était un grand homme de foi au sens démonstratif du terme serait aller trop vite. En revanche, on sait que la religion occupait une place réelle dans son univers mental, familial et culturel, et que certains drames de sa vie l’avaient rapproché d’hommes d’Église. La presse italienne a notamment rapporté qu’après la catastrophe des Mille Miglia 1957, Enzo Ferrari, brisé, alla se confier à Don Dino Clerici, figure religieuse qu’il connaissait bien. Ce n’est pas rien. Mais cela ne suffit pas à en faire un saint à lunettes noires.

Le plus juste, c’est peut-être de dire qu’Enzo Ferrari était un Italien de son siècle, dans un pays où la religion catholique, le rituel, la fatalité, le deuil et la superstition faisaient partie du décor aussi naturellement que le café serré et les journaux froissés sur un comptoir. Chez Ferrari, il y avait le sacré, mais un sacré à l’italienne, mélange de silence, de destin, de hiérarchie, de deuil et d’obsession. Ça tombe bien, le Vatican et Maranello parlent finalement assez bien cette langue-là. Cette partie relève en partie d’une lecture de contexte historique et culturel, plus que d’une profession de foi documentée noir sur blanc.

Le pape en visite chez Ferrari

Le 4 juin 1988, Jean-Paul II visite l’usine Ferrari. Cette date, elle est certaine. Ferrari elle-même rappelle qu’à cette occasion, le pape est reçu à Maranello avant de poursuivre son programme à Modène. La marque précise aussi un point essentiel, c’est Piero Ferrari qui conduit Jean-Paul II autour du circuit de Fiorano à bord d’une Mondial Cabriolet, avant que le souverain pontife ne bénisse bureaux et départements de l’entreprise. Donc première remise à plat, la voiture iconique de cette visite n’est pas une Testarossa blanche sortie d’un conte Facebook, c’est une Mondial Cabriolet. Rouge. Et bien réelle.

Il y a un autre détail, moins connu, qui donne tout son poids à la scène. Enzo Ferrari est alors très affaibli. Une dépêche d’époque de UPI indique qu’il n’a pas pu accueillir physiquement Jean-Paul II à cause de sa santé déclinante, mais qu’un échange téléphonique a bien eu lieu entre les deux hommes. C’est capital pour comprendre la photo. Ce n’est pas juste un pape qui passe chez un constructeur mythique pour faire une image. C’est presque une scène de fin, un moment suspendu, quelques semaines avant la mort d’Enzo Ferrari en août 1988.

L'histoire de la fameuse photo avec la Mondial

La fameuse photo, celle qu’on voit tourner partout, montre donc Jean-Paul II debout dans une Ferrari Mondial Cabriolet lors de sa visite à Maranello. Ferrari a elle-même remis cette auto en lumière en 2022 lors d’une exposition célébrant les 50 ans du circuit de Fiorano, en rappelant que cette 3.2 Mondial Cabriolet était bien au centre de la célèbre visite papale de 1988. Là encore, on n’est plus dans la rumeur ou dans le “il paraît que”, on est dans la mémoire institutionnelle de la marque.

Ce que cette photo raconte, au fond, c’est moins une entorse totale au protocole qu’un choc de symboles parfaitement italien. D’un côté, l’Église catholique, de l’autre Ferrari, autre religion locale, plus bruyante, plus rouge, plus portée sur les hauts régimes. Voir Jean-Paul II dans cette Mondial, c’est voir deux pouvoirs symboliques se croiser, celui du spirituel et celui de la vitesse, sans que l’un annule l’autre. Et si la photo a autant survécu, c’est parce qu’elle ressemble à un montage absurde alors qu’elle a réellement existé.

Il faut aussi insister sur ce qu’elle n’est pas. Elle n’est pas la preuve que le pape possédait une Ferrari de fonction. Elle n’est pas non plus la fameuse Ferrari “offerte au pape” dont on parle souvent. C’est une visite officielle, dans un cadre précis, avec une auto précise, et un moment très précis de l’histoire de Ferrari. Voilà déjà de quoi nettoyer pas mal de fantasmes numériques.

Pourquoi on confond avec la Ferrari offerte au pape et vendue pour les œuvres

Parce qu’il existe une deuxième histoire, tout aussi vraie, encore plus spectaculaire, et que les deux ont fini par fusionner dans la mémoire collective. En 2005, Ferrari fait construire la 400e Enzo, la dernière du modèle, avec l’idée de l’offrir à Jean-Paul II. RM Sotheby’s rappelle que le pape, fidèle à son style, remercie Ferrari mais demande que la voiture soit vendue pour venir en aide aux victimes du tsunami de l’océan Indien survenu fin 2004. L’auto repart donc à Maranello avant d’être vendue aux enchères en juin 2005.

C’est là que le cerveau collectif fait sa tambouille. On prend une photo très forte de Jean-Paul II dans une Ferrari en 1988, on y ajoute la notoriété de la Ferrari Enzo offerte en 2005, et on obtient une légende floue du genre, “le pape avait une Ferrari spéciale, blanche ou rouge, qu’il a refusée ou revendue ou bénie ou pilotée”. Sauf qu’en réalité, les faits sont plus carrés, 1988, le pape roule à Fiorano dans une Mondial Cabriolet rouge lors d’une visite. 2005, Ferrari destine au pape la dernière Enzo, qui sera ensuite vendue au profit d’une cause humanitaire. Deux histoires. Deux autos. Deux usages. Et un énorme paquet de confusion produit par Internet avant même qu’Internet ne devienne vraiment pénible.

Au passage, autre détail qui démonte une légende tenace, l’Enzo de 2005 n’était pas une fantaisie blanche façon soutane roulante. RM Sotheby’s la décrit comme une Enzo destinée au pape puis vendue au bénéfice des victimes du tsunami, et l’auto est connue pour être la dernière Enzo construite. Ce n’est donc pas une papamobile Ferrari. C’est un objet de prestige détourné vers la charité, ce qui est très différent.

Pourquoi les papamobiles fascinent tant

Les papamobiles fascinent parce qu’elles sont exactement ce qu’une voiture raconte toujours de mieux, une époque, un rapport au pouvoir, une idée de la représentation. Une papamobile, ce n’est jamais juste un moyen de transport. C’est un message roulant. Elle doit protéger sans trop couper du peuple, impressionner sans trop verser dans l’ostentation, symboliser son temps tout en gardant un parfum d’éternité. C’est pour ça qu’une Mercedes sobrement transformée peut être aussi parlante qu’une Ferrari vue une seule fois dans une cour d’usine.

Et forcément, on se prend à imaginer la suite. Que dirait-on aujourd’hui en voyant un pape dans une caisse de GMK, jantes démesurées, carrosserie qui hurle “regardez-moi”, vitrage sombre et spec plus bavaroise que biblique ? Franchement, visuellement, ça aurait quelque chose. Théologiquement, on laissera les autres gérer. Ce qui est certain, c’est que la prochaine papamobile dira quelque chose de notre époque, soit encore plus électrique, soit à hydrogène, soit, vu l’ambiance économique générale, retour à la calèche avec option chargeur USB-C et bénédiction en basse consommation. Au Vatican aussi, il faudra peut-être bientôt arbitrer entre la transition énergétique et le budget pneus.

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