Pourquoi le Delica Star Wagon 4x4 est passé de l’utilitaire ringard à la star de la slow life
Le Mitsubishi Delica Star Wagon 4x4 est un van japonais qui combine l’espace d’un minibus, une véritable transmission tout-terrain et un habitacle capable de se transformer en chambre pour la nuit. Longtemps considéré comme un simple utilitaire, il est devenu l’une des nouvelles coqueluches de la culture JDM, de la vanlife et de l’overlanding. Pendant des décennies, il a surtout ressemblé au minibus qu’un plombier japonais aurait pu utiliser pour transporter ses tuyaux. Une grosse boîte montée sur quatre roues, avec le charme aérodynamique d’un réfrigérateur couché sur le flanc. Puis quelques amateurs de voitures japonaises ont découvert que ce vieux Mitsubishi cachait sous sa carrosserie d’utilitaire les gênes d’un véritable 4x4. Le temps, Instagram et une bonne dose de pneus boue ont fait le reste. Les Delica Star Wagon propres se raréfient, les versions japonaises restent compliquées à importer et les préparations les plus spectaculaires circulent désormais davantage sur les réseaux sociaux que dans les petites annonces. Les prix affichés au Japon commencent actuellement autour de 5 000 dollars et peuvent dépasser 12 000 dollars avant transport, taxes, homologation et remise à niveau. En Europe, les rares L300 4WD disponibles forment un marché minuscule, avec des annonces très disparates qui empêchent encore d’établir une véritable cote. Le Delica qui nous intéresse appartient à Lai, un propriétaire installé à Taipei. Son Star Wagon de 1995 reçoit une rehausse Pro Comp de trois pouces, des pneus Cooper de 33 pouces, un blocage de différentiel ARB, un compresseur embarqué, un treuil, deux galeries, une armée de projecteurs et même une ligne d’échappement en titane.

Sous les fesses du conducteur tourne toujours le quatre-cylindres turbodiesel Mitsubishi 4D56 de 2,5 litres, accompagné ici d’un turbo TF035 et d’un intercooler provenant du moteur 4M40. À l’arrière, les banquettes ont laissé place à un véritable couchage. L’ensemble ressemble à un petit véhicule d’intervention pour l’apocalypse, avec des rideaux à carreaux et un chapeau de paille accroché derrière le siège.
Comment le Mitsubishi Delica est passé de l’utilitaire au van familial
À l’origine, le Delica servait vraiment à livrer des trucs
Le nom Delica vient de « Delivery Car ». Mitsubishi lance le premier modèle en 1968 pour transporter des marchandises et des passagers dans un Japon où chaque centimètre compte. La carrosserie adopte donc une forme cubique, avec le conducteur placé très en avant et un maximum d’espace réservé à l’habitacle.
En 1979 apparaît le Delica Star Wagon, une version familiale pouvant accueillir jusqu’à neuf personnes. Le véritable tournant arrive en 1982, lorsque Mitsubishi ajoute une transmission à quatre roues motrices inspirée de son expérience avec le Pajero. Le minibus devient alors capable d’emmener une famille, ses skis et ses bagages bien au-delà des routes parfaitement dégagées.
Le cube trouve sa forme définitive
La troisième génération lancée en 1986 adopte le dessin « soft cube » qui fait aujourd’hui tout son charme. Le moteur reste installé sous les sièges avant, libérant un volume intérieur impressionnant dans un véhicule relativement compact.
Certaines versions reçoivent des sièges pivotants, des banquettes transformables et le spectaculaire toit vitré Crystal Lite. Les séries Chamonix et Jasper exploitent déjà l’imaginaire du ski, de la montagne et des loisirs en plein air. Autrement dit, Mitsubishi pratiquait la vanlife avant qu’elle ait un nom, un compte Instagram et une guirlande lumineuse.
Pourquoi le Delica est devenu culte
Pendant longtemps, l’Europe a surtout connu le Mitsubishi L300 sous la forme d’un utilitaire de chantier. Les Delica japonais les plus désirables sont restés sur leur marché d’origine, avec leur conduite à droite, leurs équipements généreux et leurs configurations 4x4.
La culture JDM a changé notre regard. Après les sportives japonaises, les passionnés se sont intéressés aux kei-cars, aux breaks et aux vans. Le Delica réunissait justement trois véhicules en un : un monospace, un petit camping-car et un véritable 4x4 avec gamme courte.
La préparation taïwanaise présentée ici pousse le concept très loin. Rehausse de trois pouces, pneus de 33 pouces, blocage de différentiel ARB, treuil, compresseur et galerie de toit transforment ce Star Wagon de 1995 en véhicule d’expédition. À bord, une simple plateforme crée un grand couchage. Pas de bois clair ni de robinet en cuivre : un lit, des rangements et assez de projecteurs pour réveiller une forêt entière.
Pourquoi il reste un excellent van de voyage
Le Delica offre beaucoup d’espace dans un gabarit contenu. Il transporte des passagers, des vélos ou du matériel de camping, puis transforme son habitacle en couchage. Ses quatre roues motrices permettent également de rejoindre des bivouacs inaccessibles à la majorité des vans classiques.
Son vieux turbodiesel 4D56 n’a rien d’un foudre de guerre. Le Star Wagon avance tranquillement, penche dans les virages et réclame de l’anticipation avant chaque dépassement. Cette lenteur participe aujourd’hui à son charme. Le road trip commence dès que le moteur tourne sous le siège du conducteur.
Le Japon gagne encore la bataille de l’imaginaire
La culture automobile japonaise continue d’envahir nos fils Instagram. Après les sportives des années 1990, les kei-cars et les microvans, les vieux utilitaires deviennent à leur tour désirables.
Le Delica résume parfaitement cette tendance. Son dessin étrange devient cool, sa lenteur devient un art de vivre et son habitacle de minibus se transforme en cabane roulante.
Le phénomène arrive au moment où la Chine impose ses voitures électriques, ses batteries et ses écrans au reste du marché. Le Japon conserve pourtant un avantage précieux : sa capacité à fabriquer des objets que l’on aura encore envie de sauver trente ans plus tard.
Notre prochain road trip pourrait donc très bien se faire à 90 km/h dans un cube beige, avec un diesel sous le siège et beaucoup trop de projecteurs sur le toit.
Crédits photos : John Mu / MotorTrend ; archives Mitsubishi Motors