LA JOLLY QUÊTE

Auto
Culture pop

Sur les traces du Grand Bleu en Fiat 500 Spiaggina

Il y a des films qui vieillissent. Et puis il y a ceux qui restent coincés quelque part dans notre cerveau. Une note, une phrase de dialogue, une image et l'on revit Pour toute une génération, Le Grand Bleu appartient clairement à cette deuxième catégorie. À l’origine, ce voyage n’avait pourtant rien à voir avec Luc Besson. Nous étions en Sicile pour un voyage presse. Mais une fois le programme terminé, impossible de repartir sans tenter quelque chose qui ressemblait davantage à un rêve de gosse qu’à un vrai sujet journalistique : retrouver les traces du tournage du Grand Bleu à Taormina. La scène de la Mama. Le trio improbable formé par Jean-Marc Barr, Rosanna Arquette et Jean Reno. Les spaghetti sacrifiés. La gare. La piscine. Les rues baignées de soleil. Et évidemment, dans ma tête, une certitude absurde : il fallait faire ça au volant de la Fiat 500 d’Enzo Molinari. Sauf qu’en préparant cet article, énorme douche froide : la fameuse Fiat 500 rouge du film n’a probablement jamais roulé en Sicile. Les scènes du début avec le sauvetage du plongeur et l’arnaque à l’assurance ont été tournées en Grèce, notamment dans les Cyclades. Trop tard pour reculer. J’étais déjà à Taormina. Et comme souvent dans ce genre d’histoire, c’est le hasard des rencontres qui allait finir par mettre une Fiat sur notre route. Mais pas celle que nous attendions le film.

Le temps a progressivement effacé les traces du tournage du Grand Bleu en Sicile. Mais il n’a jamais réussi à faire disparaître ce mélange de mélancolie, de lumière et de douceur méditerranéenne qui flotte encore dans les scènes tournées à Taormina.

Faire un article sur une vraie Fiat 500 Jolly relève presque aujourd’hui de l’expédition archéologique. Les exemplaires authentiques carrossés par Carrozzeria Ghia valent désormais des fortunes, et le marché est devenu un terrain miné où se croisent restaurations douteuses, reconstructions plus ou moins honnêtes et répliques approximatives.

Même certains collectionneurs très sérieux semblent parfois s’y perdre. Lando Norris, devenu champion du monde de Formule 1 en 2025, possède d’ailleurs une Fiat 500 Jolly “Evocation”, autrement dit une recréation moderne inspirée des modèles originaux.

Et finalement, c’est assez logique.
Les vraies Jolly produites entre 1958 et le milieu des années 60 n’existent qu’en quelques centaines d’exemplaires selon les sources, et les configurations d’origine sont devenues extrêmement difficiles à certifier aujourd’hui.

Reste qu’il y a réplique et réplique.
Et celle-ci avait au moins compris l’essentiel : une Jolly ne doit pas seulement être jolie. Elle doit donner envie de ralentir immédiatement.

Alors on ne s’est pas gênés.

La voiture la plus inutilement géniale de l’histoire italienne

L’histoire de la Fiat 500 Jolly commence à la fin des années 50, dans une Italie qui découvre à la fois la prospérité, le tourisme de luxe et une nouvelle obsession : transformer le moindre objet du quotidien en déclaration de style.

Présentée en 1958 par Ghia sur base de Fiat 500, la Jolly est probablement une des voitures les plus irrationnelles jamais produites.

On retire les portes.
Parfois même une partie des ouvrants.
On ajoute des sièges en osier, une capote légère, des chromes et des couleurs pastel. Puis on transforme une minuscule voiture populaire italienne en objet destiné aux marinas, aux hôtels de luxe et aux yachts de milliardaires.

La légende veut même que l’idée soit née autour de Gianni Agnelli, qui aurait voulu une petite voiture facile à embarquer sur son yacht. Comme souvent avec l’automobile italienne, impossible de savoir précisément où s’arrête l’histoire et où commence le storytelling.

Mais peu importe finalement.
La Jolly fonctionne justement parce qu’elle ressemble davantage à une idée de vacances qu’à une automobile rationnelle.

Et au volant, on comprend immédiatement pourquoi cette voiture est devenue culte.

Plus Vespa que voiture

Le plus étonnant au volant de cette Spiaggina moderne, c’est qu’on cesse très vite de la conduire comme une voiture.

On roule fenêtres ouvertes.
Parce qu’il n’y a plus vraiment de fenêtres.
On roule lentement.
Parce que personne n’a envie d’aller vite dedans.

La direction flotte un peu.
Le moteur chante davantage qu’il ne pousse.
Les suspensions semblent parfois improvisées.

Mais ce n’est pas grave.

Parce que cette voiture déclenche quelque chose d’immédiat chez les gens.

Les anciens viennent parler.
Les commerçants sourient.
Les touristes lèvent leur téléphone.
Et pendant quelques heures, on cesse d’être un visiteur pour devenir une petite anomalie locale au milieu des ruelles siciliennes.

Finalement, cette Fiat raconte exactement la même chose que Le Grand Bleu : une tentative maladroite mais sincère d’échapper au monde moderne.

Sur les traces du Grand Bleu à Taormina

Et c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante.

Parce qu’en réalité, Le Grand Bleu n’a jamais été tourné dans une seule Méditerranée cohérente. Le film saute de la Grèce à la Sicile, des Cyclades à Taormina, en mélangeant volontairement les géographies pour construire une Méditerranée presque imaginaire.

À Taormina pourtant, certaines traces existent encore.

La gare d’abord, toujours reconnaissable avec son architecture suspendue au-dessus de la mer.

Puis surtout le mythique San Domenico Palace, devenu aujourd’hui un établissement  Four Seasons Taormina. C’est ici qu’ont été tournées plusieurs scènes emblématiques du film, notamment celle de la piscine où Jacques et Enzo se lancent un pari absurde pour savoir qui restera le plus longtemps sous l’eau. Une scène devenue culte et qui résume parfaitement la relation étrange entre les deux personnages.

Et puis il y a le restaurant du UNA HOTELS Capotaormina.
Le lieu exact de la scène des spaghetti. Celle où Johana termine l’assiette d’Enzo après l’énorme montée en pression de la Mama sicilienne. Le décor a évolué avec les années, mais l’endroit reste immédiatement identifiable pour ceux qui connaissent le film par cœur.

Le plus troublant reste peut-être ça : réaliser qu’on ne cherche pas réellement des lieux de tournage.

On cherche surtout à vérifier que les émotions qu’ils ont laissées en nous existaient vraiment.

Les rêves de gosse méritent parfois qu’on perde un peu de temps

C’est probablement ça qu’on aime encore avec brooap.

Même si faire vivre un média indépendant aujourd’hui relève parfois du parcours du combattant, il nous offre encore quelque chose de précieux : la liberté d’être curieux.

Curieux au point de prolonger un voyage professionnel pour aller chercher une scène de cinéma vieille de presque quarante ans.
Curieux au point de traverser Taormina dans une fausse vraie Fiat 500 de plage.
Curieux au point d’ouvrir des discussions avec des inconnus simplement parce qu’une petite voiture pastel semble appartenir au décor depuis toujours.

Au fond, cette histoire n’avait peut-être jamais vraiment parlé d’automobile.

Elle parlait surtout de ces obsessions d’enfance qu’on croit avoir oubliées, jusqu’au jour où le soleil sicilien se reflétant dans des miriades de petits miroirs à la surface de la Grande Bleue vient leur redonner vie.

Guillaume
@brooap

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Sur les traces du Grand Bleu en Fiat 500 Spiaggina

Il y a des films qui vieillissent. Et puis il y a ceux qui restent coincés quelque part dans notre cerveau. Une note, une phrase de dialogue, une image et l'on revit Pour toute une génération, Le Grand Bleu appartient clairement à cette deuxième catégorie. À l’origine, ce voyage n’avait pourtant rien à voir avec Luc Besson. Nous étions en Sicile pour un voyage presse. Mais une fois le programme terminé, impossible de repartir sans tenter quelque chose qui ressemblait davantage à un rêve de gosse qu’à un vrai sujet journalistique : retrouver les traces du tournage du Grand Bleu à Taormina. La scène de la Mama. Le trio improbable formé par Jean-Marc Barr, Rosanna Arquette et Jean Reno. Les spaghetti sacrifiés. La gare. La piscine. Les rues baignées de soleil. Et évidemment, dans ma tête, une certitude absurde : il fallait faire ça au volant de la Fiat 500 d’Enzo Molinari. Sauf qu’en préparant cet article, énorme douche froide : la fameuse Fiat 500 rouge du film n’a probablement jamais roulé en Sicile. Les scènes du début avec le sauvetage du plongeur et l’arnaque à l’assurance ont été tournées en Grèce, notamment dans les Cyclades. Trop tard pour reculer. J’étais déjà à Taormina. Et comme souvent dans ce genre d’histoire, c’est le hasard des rencontres qui allait finir par mettre une Fiat sur notre route. Mais pas celle que nous attendions le film.

Le temps a progressivement effacé les traces du tournage du Grand Bleu en Sicile. Mais il n’a jamais réussi à faire disparaître ce mélange de mélancolie, de lumière et de douceur méditerranéenne qui flotte encore dans les scènes tournées à Taormina.

Faire un article sur une vraie Fiat 500 Jolly relève presque aujourd’hui de l’expédition archéologique. Les exemplaires authentiques carrossés par Carrozzeria Ghia valent désormais des fortunes, et le marché est devenu un terrain miné où se croisent restaurations douteuses, reconstructions plus ou moins honnêtes et répliques approximatives.

Même certains collectionneurs très sérieux semblent parfois s’y perdre. Lando Norris, devenu champion du monde de Formule 1 en 2025, possède d’ailleurs une Fiat 500 Jolly “Evocation”, autrement dit une recréation moderne inspirée des modèles originaux.

Et finalement, c’est assez logique.
Les vraies Jolly produites entre 1958 et le milieu des années 60 n’existent qu’en quelques centaines d’exemplaires selon les sources, et les configurations d’origine sont devenues extrêmement difficiles à certifier aujourd’hui.

Reste qu’il y a réplique et réplique.
Et celle-ci avait au moins compris l’essentiel : une Jolly ne doit pas seulement être jolie. Elle doit donner envie de ralentir immédiatement.

Alors on ne s’est pas gênés.

La voiture la plus inutilement géniale de l’histoire italienne

L’histoire de la Fiat 500 Jolly commence à la fin des années 50, dans une Italie qui découvre à la fois la prospérité, le tourisme de luxe et une nouvelle obsession : transformer le moindre objet du quotidien en déclaration de style.

Présentée en 1958 par Ghia sur base de Fiat 500, la Jolly est probablement une des voitures les plus irrationnelles jamais produites.

On retire les portes.
Parfois même une partie des ouvrants.
On ajoute des sièges en osier, une capote légère, des chromes et des couleurs pastel. Puis on transforme une minuscule voiture populaire italienne en objet destiné aux marinas, aux hôtels de luxe et aux yachts de milliardaires.

La légende veut même que l’idée soit née autour de Gianni Agnelli, qui aurait voulu une petite voiture facile à embarquer sur son yacht. Comme souvent avec l’automobile italienne, impossible de savoir précisément où s’arrête l’histoire et où commence le storytelling.

Mais peu importe finalement.
La Jolly fonctionne justement parce qu’elle ressemble davantage à une idée de vacances qu’à une automobile rationnelle.

Et au volant, on comprend immédiatement pourquoi cette voiture est devenue culte.

Plus Vespa que voiture

Le plus étonnant au volant de cette Spiaggina moderne, c’est qu’on cesse très vite de la conduire comme une voiture.

On roule fenêtres ouvertes.
Parce qu’il n’y a plus vraiment de fenêtres.
On roule lentement.
Parce que personne n’a envie d’aller vite dedans.

La direction flotte un peu.
Le moteur chante davantage qu’il ne pousse.
Les suspensions semblent parfois improvisées.

Mais ce n’est pas grave.

Parce que cette voiture déclenche quelque chose d’immédiat chez les gens.

Les anciens viennent parler.
Les commerçants sourient.
Les touristes lèvent leur téléphone.
Et pendant quelques heures, on cesse d’être un visiteur pour devenir une petite anomalie locale au milieu des ruelles siciliennes.

Finalement, cette Fiat raconte exactement la même chose que Le Grand Bleu : une tentative maladroite mais sincère d’échapper au monde moderne.

Les rêves de gosse méritent parfois qu’on perde un peu de temps

C’est probablement ça qu’on aime encore avec brooap.

Même si faire vivre un média indépendant aujourd’hui relève parfois du parcours du combattant, il nous offre encore quelque chose de précieux : la liberté d’être curieux.

Curieux au point de prolonger un voyage professionnel pour aller chercher une scène de cinéma vieille de presque quarante ans.
Curieux au point de traverser Taormina dans une fausse vraie Fiat 500 de plage.
Curieux au point d’ouvrir des discussions avec des inconnus simplement parce qu’une petite voiture pastel semble appartenir au décor depuis toujours.

Au fond, cette histoire n’avait peut-être jamais vraiment parlé d’automobile.

Elle parlait surtout de ces obsessions d’enfance qu’on croit avoir oubliées, jusqu’au jour où le soleil sicilien se reflétant dans des miriades de petits miroirs à la surface de la Grande Bleue vient leur redonner vie.

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